« Cette année ça va être plus calme ! »

Et donc bien sur, étant le représentant terrestre du rationnel, l’incarnation charnelle de la sagesse, j’attaque le premier weekend de l’année par un trail en montagne ^^’ #évidentmoncherwatson

Au menu :
57KM
2500m D+
la moitié du dénivelé entre le 10ème et le 20eme, le reste en relance permanente.
Yummy !!! what-could-go-wrong ?

Direction l’Italie donc pour la première course de 2020, avec un grand sourire de quelqu’un qui n’a aucune idée dans la fourmilière dans laquelle il viens de s’aventurer.

Le gras c’est la vie

J’en profite pour visiter un peu les parages, Venise, Padova, Citadella, Bassano … à chaque arrêt je ne peux m’empêcher de me péter le bide avec de la bonne cuisine italienne. Je sais ça fait cliché mais hmmmmm rien à dire ils s’y connaissent en pates là-bas !  Et les restos qui te servent la pizza au mètre : p hé ce n’est pas comme si j’avais une course le dimanche #teamkaradok #teamfucknutrition

J’ai la chance d’être hébergé dans le coin par Antonin, un vieil ami de la fac. Et forcément qui dit retrouvailles, dit soirée prolongée, resto et tutti quanti. On tombe sur un resto brésilien où pour moins de 30€ cocktails et dessert compris, on a tout à volonté 😀 Broche de viande après broche de viande, chacune plus savoureuse que la précédente, les tranches et les lamelles de gigot, de jarret, aux assaisonnements divers et aux senteurs qui te feraient saliver un végan s’enchainent. Tant que tu ne dis pas stop aux serveurs, la rotation du cholestérol continue ^^’

La ville reste animée tard le soir, le marché est encore ouvert.  Étant au nord de l’Italie je ne peux m’empêcher de ramener avec moi du fromton. Et bonté divine c’est au-delà de juste bon et en termes de prix plus que rentable. 200gr de parmesan affiné pendant 5ans à moins de 10€ 😋 du fromage de brebis aux pistaches et au poivre à 2€ les 100gr. En fait j’aurais dû prendre un deuxième supplément bagages maintenant que j’y pense.

Trêve culinaire, il est temps de rentrer car demain on a deux trains à prendre pour rejoindre Trieste, et la frontière slovène.

Sur place le temps de récupérer le dossard, se ravitailler à base de pizzas , on regagne le airbnb.

Le lendemain le départ sera matinal.

racepack ready

Opération sphyncters d’acier

05 :15 – Je me réveille l’estomac troublé avant la sonnerie du réveil. Je pars direct me vider. La journée commence bien :/

L’avantage de mon airbnb est que je suis à moins de 100m de la gare et donc de la navette qui part à 6h15 normalement. J’ai le temps de bien vidanger, de m’habiller, vérifier que j’ai tout ce qu’il me faut et boucler mon sac pour Anto qui dort encore et qui me rejoindras plus tard.

Comme p’tit déj j’arrive juste à avaler une crème décathlon et une banane que je mange en route.

Devant la gare une petite troupe est déjà amassée. Beaucoup d’italien bien évidemment. Sur chaque dossard est imprimé le pays d’origine du coureur. L’ambiance est bonne enfant. Il faut plutôt bon. Faut dire qu’on est au niveau de la mer.  J’échange quelques mots avec une slovène puis on embarque dans les bus.

On arrive sur les coups de 7h à Pesek, sur la frontière avec la Slovénie, pour le départ du 57km. D’autres distances étaient organisées notamment un 21km, un 164km et même un 171km non balisé pour plus de fun !

Là je déchante direct. L’altitude amène avec elle un froid poignant. Ça me tord les boyaux. Je cherche un buisson pour me vider. Je mets une couche de plus, un coupe-vent, un buff, les gants et le bonnet. Je croise un allemand du regard, quand je lui montre sur mon dossard que je viens de Tunisie, on se marre et on s’encourage pour la course.

Le départ du 57 est divisé en plusieurs vagues en fonction des scores ITRA. L’idée est plutôt sympa. Au lieu de séparer en fonction des objectifs chrono, répartir les coureurs en vagues en fonction de leur indice de niveau.
Évidemment étant débutant, je pars avec la dernière vague, 20min après les premiers.

It’s on

Les embouteillages du départ ne durent pas bien longtemps. Très vite différents groupes se forment et on avance en file indienne vu la nature du terrain. Le soleil se lève bien assez vite et les rayons sont les bienvenus pour me réchauffer. A ce moment j’ai déjà laissé partir le peloton et j’avance à mon rythme. 

on le voit que je suis confiant ?

Danger Close

Un premier point d’eau en Slovénie au milieu de nul part. Mon estomac gargouille méchamment, premiers signes annonciateurs de fissuration et rupture prochaine du barrage. Pas de toilettes bien sûr. Le bénévole arrive à m’expliquer qu’il reste peut-être 3 km avant le prochain village. Je suis sceptique mais je me dis que y’a plus de chance d’avoir des toilettes là-bas.

5km plus loin et sans l’ombre d’un ravito qui se rapproche ça se bouscule au portillon.

Système D !

A la guerre comme à la guerre ! Un buisson, un paquet de mouchoirs, en squat et on évite les épines. Vous avez tous l’image ? 😁💩 La course elle ne s’est pas arrêtée pour autant et plusieurs coureurs me dépassent, et, à la vue de mon attirail posé contre un arbre et aux sons des gargouillements émanant du buisson derrière, reviennent sur leurs pas. Ah la magie des rencontres champêtres 😊 Quelques signes de tête échangés pour leur dire que tout va bien et ils repartent.

Un bon kilo de vidangé, je repars sur la piste. J’arrive même à courir et j’atteins enfin ledit village après une grosse descente. Je manque de me péter la gueule à 2 reprises. Heureusement que j’ai de bonnes chaussures. On n’est qu’au 11eme km. Je ne suis absolument pas confiant pour la suite et commence déjà à douter de la possibilité de terminer alors qu’il reste plus d’un marathon et de 2000m d+.

1er ravito

Pas grand-chose sur les tables. J’arrive à avaler un bout d’orange. Un coca frais qui fait du bien. Je recharge mes bidons en eau et je repars pour une première montée qui slalome bien. Depuis le ravito, je vois s,ur le flanc de la montagne, plusieurs procession de fourmis multicolore.

Il me reste 2h30 pour affronter environ 9km avec la plus grosse difficulté du parcours. 1000 d+ en moins de 9km. Je sais que je vais en chier. Mais je ne suis qu’au début et j’essaie de garder bon espoir. Je ne suis pas blessé et j’ai du temps donc je continue d’avancer.

Avec un groupe de coureuses on se croise et recroise à différents endroits du parcours, chacun ayant plus ou moins de facilité avec telle ou telle portion de la route. Certaines parties sont propices pour courir, d’autres bien raides, des virages secs, … mais la montée se poursuit au bruit des pas continus et des gazouillis d’oiseaux.

Une belle patate

Je peste déjà à cause des chemins de cailloux qui font trébucher tous les deux pas. Une allure en chute libre, et cette cote qui n’en finit pas. Bon faut dire que venant de Rennes, la plus grosse côte que j’ai à proximité c’est le Thabor.
Euh là disant que le Thabor est au S1 Trail ce qu’un chiwawa anorexique est à un rottweiler dopé aux hormones. J’ai bien fait d’emmener les bâtons. La couleur ressentie dans les cuisses est rapidement effacée par la beauté de la montagne. En ce petit matin, on sent que la forêt se réveille avec une multitude de bruits, de craquements, de oiseaux et autres bestioles moins reluisantes.

J’atteins une sorte d’observatoire avec une belle vue sur la montagne, le village en contrebas et la mer au loin.

Je consulte le tableau des passages et des barrières horaires, je suis dans les temps je ne m’inquiète pas. L’eau cependant c’est une autre affaire. Je suis déjà à la moitié du premier bidon alors que je n’ai dû faire que 2 ou 3 km depuis le ravito.

Je décide de prendre une petite pause. J’arrive à avaler un cinquième de barre énergétique. L’estomac n’est pas au beau fixe. Je sens que je vais ramener mon ravito intact. Je recroise une mamie que j’avais dépassé dans la précédente descente et un couple d’allemands. On reprend ensemble la route en file indienne.

Au bout d’un certain temps on ne voit plus de rubalise. Je vérifie le gpx. On n’est plus du tout sur la bonne trace. On revient 500m en arrière pour retrouver le chemin. Ce ne sera que la première erreur de parcours de la journée.

Sur tous ce début de course, on croise à plusieurs endroits des tas de vêtements abandonnés, des sacs à dos, des chaussures trouées … Il s’agit aussi d’une zone de passage pour les migrants venant par le route de l’est. Dire qu’après toutes les emmerdes qu’ils ont traversés, les épreuves qu’ils ont du endurer et que je ne peux qu’imaginer de loin, il se retrouvent avec leurs mômes à se taper ça! Et moi je me plains d’avoir mal aux guiboles.

La patate est éreintante. Mais je ferme ma gueule et je continue tant bien que mal à avancer en cadençant la marche avec les bâtons. Je commence à avoir le souffle court à cause de la raideur de la pente. Je vous avais dit que je n’étais pas habitué aux cotes. Là je ne suis même pas au semi et j’ai déjà gouté à plus de dénivelé qu’en 2 ou 3 semaines d’entrainements à Rennes. Je mets un peu de musique pour m’aider à m’évader et reprends la grimpette.

 La relance en haut est assez pénible. Sans sucre dans le sang je me décide à prendre un gel coup de fouet pour repartir. Je repense à la team que j’ai rejoint, aux potes à Cernay et ailleurs, j’échange quelques messages avec Anto pour le tenir au courant de mon avancé et je luis dit de prendre son temps car ça sent le roussi pour une arrivée à 16h.

Je prends mon temps et j’avance à mon rythme en laissant mon esprit divaguer bercé par une brise marine qui apporte avec elle un nouveau souffle synonyme d’espoir renouvelé et de regain d’énergie. La grimpette sinueuse et « essoufflante », réclamant un effort d’attention de chaque instant sous peine de chute en valait le coup ne serait ce que pour les paysages qui s’étendent devant moi sur ce plateau et pour cette sensation de plaisir, quasi euphorique, de l’aptitude retrouvée de courir.

On en prends vraiment plein les yeux. Pas un nuage à l’horizon, un grand ciel bleu, un soleil qui réchauffe bien les cœurs et apporte une sensation de légèreté Tel la chèvre de mr. Seguin je m’en vais gambader.

Je croise quelques randonneurs, des familles, des chiens … et des biches sur le parcours.

Si ça monte, ça finira par redescendre

Première grosse frayeur, une descente quasiment à pic. La pente doit facilement faire 40% voire 50% par endroits !! Je vois littéralement les gens en contrebas traverser un pont en bois, alors que je suis tout en haut de la falaise.


Et de l’autre coté du ravin, sur une crête (et donc une autre patate en prévision) d’en face je vois une procession de participants et des secouristes, reconnaissables grâce à leur attirail et barda de montagne.

Je souffle un coup, vérifie mes lacets et emprunte doucement la descente. 15-20min plus tard, mes cuisses me brulent déjà, une crampe, la jambe qui lâche et une première roulade sur quelques mètres. Je me rattrape à un arbre et un allemand me rejoins rapidement pour s’assurer que je vais bien. C’est aussi ça que j’aime dans ce sport. Une solidarité et une bienveillance à toute épreuve. On vit, subit, endure tous la même chose. Et peu importe nos différences, entre amateur passionné on est uni dans l’effort, la souffrance et le dépassement. Aussi bizarre que ça puisse paraitre pas de saignements, pas de blessure, juste la fesse bien irritée. Je le laisse partir devant moi et je repars tranquillement.

Je sens ma cheville vriller juste avant d’atteindre le ravin en contrebas. Il m’aura fallu presque 1h de descente. Je peste contre 2 abrutis qui coupent au travers d’un bosquet pour gagner 200m sur le parcours. Je prends le temps de souffler. J’arrive à grignoter un bout de mulebar citron-gingembre pour reprendre des forces.

Je croise des militaires qui surveillaient un checkpoint. Dans ma tête j’ai de la peine pour les deux zigotos qui ont grignoté 200m et qui ne seront probablement pas classés. En voyant l’état de ma tenue,  on devine que j’ai eu un date passionné, fusionnel avec la poussière les cailloux lors de la descente précédentes. Je suis à sec. Un des bidons n’était pas bien verrouillé lors de la deuxième chute, et je me retrouve avec un fond et il me reste plus de 4km avant le ravito à croire ma montre. Le militaire fouille dans son barde et me donne sa ration d’eau. Je sais qu’il n’y a quasiment aucune chance qu’il ne lise ce pavé mais merci à lui car j’aurais eu du mal à avancer sans eau. Il me demande si je vais bien et si je continue. Je me dis que le plus dur est passé, que j’ai bouffé les deux plus grosse descente et la grosse montée du parcours. J’avais oublié ce que j’avais vu du haut de la montagne un peu plus d’une heure plus tôt.

Si ça descend, ça finira par remonter …

Je repars encouragé par quelques mots d’italien et entame une nouvelle ascension ponctuée par des marches et des …. Cailloux !!!

Des cailloux, des cailloux, des cailloux… ça m’énerve !!!

(les vrais comprendront la référence 😜)

Là je me dis que la prochaine BH est morte. Je me console en me disant que j’aurais vu du paysage et que du coup on aura l’aprem pour se faire un bon resto avant de rentrer à Padova. Je m’adosse à un arbre pour une petite pause à environ mi-parcours. Une gorgée d’eau, un peu de gel et je me concentre sur mes placements et mes coups de bâtons. L’inclinaison de la montée, les marches raides et les cailloux me forcent à faire attention et à me pencher en avant pour éviter de débouler en arrière.

Au bout de 25 ou 30 min je sens que ça s’éclaircit. Les arbres sont moins touffus. Un air un peu plus frais s’engouffre et les rayons de soleil viennent chatouiller mon visage. Avec du baume au cœur renouvelé j’affronte les quelques derniers mètres de grimpette avant de tendre les bras de souffler un bon coup et d’inspirer un grand bol d’air frais ….

A ce moment le mix d’émotions est juste waouh !! J’espère que la vidéo (en cours de montage) rendra honneur à ce que j’ai pu voir en live. Je suis ébahi par la beauté des paysages, le soleil, la brise, les bruits de la forêt, la cascade au loin et le ruisseau en contrebas, j’aperçois un aigle au loin, je sens que le temps tourne au ralenti. Je reste planté là quelque minutes en me disant que c’est une sacrée belle course.

L’allemand de tout à l’heure me rattrape et m’arrache à mes rêveries. L’adrénaline retombe et là je me rends compte que je suis sur une crête à peine plus large que la table de mon kiné 😅😱😱

Je le laisse passer devant moi et avance littéralement dans la trace de ses pas. Un peu plus loin la crête s’élargit en un petit plateau rocheux où sont postes des secouristes de montagne avec tout leur barde et matos de sauvetage, des paniers, des cordes des mousquetons des trousses de soin. La totale. J’entends des crépitements continus à la radio. L’organisation sur ce point est top ! Le relais avec le pc course et les secouristes de haute montagne sur le terrain est nickel.

L’un d’eux s’enquit de mon état. Enfin un qui parle un peu anglais. J’arrive à savoir que je ne suis pas le dernier de la course, qu’il y a eu déjà un certain nombre d’abondons et que si je veux arrêter là ils peuvent m’évacuer une fois que les derniers seront passés. J’apprends qu’il me reste peut-être 40min avant la barrière horaire. Je reprends une gorgée d’eau et je décide de repartir. La prochaine descente s’apparente à de l’alpinisme pour moi.

Je vous avais dit que je venais d’un endroit tout plat ou l’essentiel du d+ et du d- vient du fait que j’habite au 3eme étage sans ascenseur ?

L’un des alpinistes décide de m’accompagner. Tel un parent qui accompagne son enfant en bas âge il me guide sur la partie la plus raide de la descente à coups de « pose ton pied là », « attrape la corde », « pose ton pied là », « vas-y », « tu vas le faire », « accroche toi là », « attention à ce caillou ! », « pose ton pied là » …  Certains passages se fonts en mode luge sur mes fesses. Plusieurs dizaines de mètre en contrebas il me repasse les bâtons, on check et je le vois remonter comme un chamois en haut pour porter assistance à d’autres participants. Franchement s’ils n’étaient pas là je n’aurais probablement pas continué la course et mon premier trail de l’année se serait arrêté au 19eme km.

Après d’autres passages en foret et une autre biche rencontrée au détour d’un sentier, et une belle 4eme patate, j’atteins enfin le ravito du 21eme (environ).

Je pense être hors délais et m’attends à être mis hors course. C’est la règle. Je ne sais pas comment j’ai fait mais il est 12h45 et il me reste 15min avant la barrière horaire. Je prends le temps de recharger en eau, d’échanger avec Anto, j’arrive à avaler un peu de fromton. Dieu sait qu’il était bon. Je salive rien que d’y penser en écrivant ces lignes. Mon estomac ne gargouille plus. Faut dire aussi qu’il n’y avait plus grand-chose à vidanger. Je dévalise la barquette de fromton et prends quelques tranches avec moi pour la suite. Je prends aussi quelques pépites de chocolat noir et une banane. Au moment où je repars, je croise au bout du village avant de m’engager dans la montagne à nouveau, d’autres coureurs avec un dossard de couleurs différente débarquent. Tiens des perdus ? Non les « Sweeper ». Les serre files sont là. Je leur ai échappé à 5 minutes près !

L’adrénaline suffit à me faire re-trotter avant qu’une nouvelle patate me force à ressortir les bâtons. Je suis en train de revivre l’ultramarin en somme.

Ce n’est pas fini tant que …

Le tronçon entre le 21 et le 35 est relativement « plat » comparé aux 9 km précédents. Ponctué de patatounettes et en relance, continue j’arrive quand même à avancer sans trop de mal.

Avec la mer au loin et des paysages montagneux tout droit tirés du Rohan, je savoure la chance que j’ai de pouvoir et courir et découvrir du pays. On croise d’autres randonneurs et familles. Quelques échanges amicaux et je continue ma route avec un enthousiasme retrouvé.

Par contre, toujours autant de cailloux sur certaines portions et ça n’a pas manqué ma cheville a fit un angle qui défie les lois de la géométrie.

Base-vie

Je termine les quelques derniers km me séparant de la base vie en boitillant.

Pour la première fois en un peu plus de 2 ans de courses et de conneries incalculables, je commence à réfléchir à jeter l’éponge.

Je me dirige lentement vers la tente avant de me rappeler que je n’avais pas remis de sac de délestage. Je passe au ravito avaler une soupe et grignoter encore quelques morceaux de fromage, du chocolat et quelques fruits. On me propose des pâtes mais je n’ai que mon verre télescopique ^^ bon ben on fera avec. 10 min plus tard, mon couple d’allemands me rattrape. Je ne sais plus quand je les ai dépassés.

La base surplombe une belle vue de la mer. Je me dirige dans cette direction .. Perdu dans mes pensées, je m’adosse à un muret et m’assois par terre . J’hésite sur la décision à prendre. Une voix dans ma tête, qu’on appellera affectueusement la zeconasse, en me disant que je devrais mieux arrêter là et rentrer.

Certains argument vont dans le sens de la zeconasse: plus de la moitié du parcours effectuée, la partie le plus technique sur laquelle je voulais me tester en vue du Costa Rica passée et avec elle son lot d’enseignements pour la suite, la nuit ne va pas tarder à tomber, il est déjà 15h25, que finir avant 17h c’est clairement mort, que je préférai pouvoir rentrer et ne pas faire attendre Anto encore 3h et que je préfère éviter de me péter un truc ou pire seul de nuit dans un patelin que je ne connais pas…

Et là la magie et le soutiens manifestent, je repense aux potos qui avaient couru un marathon aujourd’hui, au fait que j’ai la chance d’être en bonne santé et capable de continuer d’avancer, Anto qui me dit qu’il est hors de question de lâcher là, je repense aux gens formidables qui composent la Team Ruban Bleu et je ne veux pas les décevoir. Je finis par me relever avec l’aide des bénévoles et repars avec de sentiments mitigés.

Le semi le plus long de ma vie (bis)

Ça commence à se rafraichir. Au KM 37 environ, je croise Lubvina, une italo-slovaque, avec qui je partage un bon bout de chemin, chacun menant le cortège à tour de rôle et relançant dès que le terrain le permet.

Les températures commencent à chuter et le soleil descend déjà à l’horizon. En un sens, une course contre la montre est engagée et un sentiment d’urgence se fait ressentir.

Arrivé au sommet d’une colline au bord d‘un précipice, on a une vue incroyable sur la mer avec le soleil couchant. Les navires rentrant au port, les mouettes, les dernières lueurs d’une journée chargée en émotions … On s’arrête littéralement de courir pour apprécier pleinement la beauté du paysage et savourer ce paysage de carte postale, suspendus hors du temps.

Le photo ne rend clairement pas honneur à la majesté du spectacle qui nous était offert ce jour-là.

Clock’s ticking …

Une gorgée d’eau. Un bout de pâte d’amande. Une vérification du gpx. On s’élance à nouveau sur les sentiers en bord de falaise.

Le temps presse ! On sentirait presque une présence se manifester dans notre dos, et le souffle chaud de la barrière horaire sur nos nuques. On est les proies. Le chasseur est proche.

Pas besoin de parler. Un regard suffit pour comprendre que ni l’un ni l’autre n’a envie de lâcher à ce moment, le combat continue tant que les serre files ne nous auront pas mis hors course.

On prend quelques risques dans les descentes et on cavale, saute au-dessus d’un arbre tombé ici, enjambe un autre là … et puis d’un coup une biche saute de derrière son buisson à moins d’un pied devant moi. Je salive à l’idée d’un bon rôti. Le temps de retrouver nos esprits et on repart de plus belle… En pleine forêt, il fait presque déjà entièrement nuit. On distingue au loin quelques lumières. Probablement le ravito du km43. Encore une belle cotelette à se farcir avant d’y arriver.

Ascenseur émotionnel

Vu l’heure tardive, je sais qu’on va basculer sur l’itinéraire bis. L’accès à la plage ne sera plus autorisé à cause de la marée, et du danger à traverser de nuit dans une eau glaciale jusqu’à la taille. Par conséquent mon gpx ne me sera plus utile pour la suite.

On est une demi-douzaine au ravito. Différentes nationalités. Différents âges. Hommes et femmes. Tous dans le même état approximatif. Les gestes sont saccadés par le froid et la fatigue. Mais on a tous envie de poursuivre. Mon estomac refait des siennes. Je reste sur ce qui a marché jusque-là. Du fromton, des fruits secs, du chocolat, une orange. Je recharge en eau et qui voilà ? les serre files :/

Je me dépêche de de sortir mon coupe-vent, les gants, le bonnet et la frontale et je repars. Dans l’urgence du moment, je ne me rends compte que 50 m plus loin, que j’avais oublié mes bâtons. Demi-tour. Évidemment je croise les serre files.

« il te reste 30 min avant le prochain CP »

6km en une demi-heure ? meuh bien-suuuuur! #fingerinzenoz

Les stats sont contre moi mais au diable le chrono actuel. Il reste des vapeurs dans le moteur. Je ne suis pas encore officiellement hors délais. Je récupère mes bâtons et repasse devant, rattrape Lubvina et on continue dans la nuit.

20 min et une autre patate plus loin mon corps me lâche à nouveau. L’estomac est noué. J’ai mal au bide. Je n’ai plus de mouchoirs pour une nocturne. Je commence à avoir froid froid et du mal à marcher. Et je pisse vert.

Je suis distancé.

Alone in ze pampa

Courir de nuit prive de tout repères. Les raisonnement, les sensations, le ressenti physique, émotionnel … tout est différent. Je n’ai aucune idée d’où je suis. L’esprit commence à divaguer, sans pour autant que ce soit des hallucinations. Mais j’ai décroché de la course.

Je n’ai pas vu de balisage depuis au moins 1km. Tiens, on dirait un ultramarin bis :/ D’après ma montre je suis hors circuit. Mes gants ne servent pas à grand-chose non plus. J’avance juste pour garder le sang en circulation. Ma frontale annonce les premiers signes de faiblesse. Je l’avais pourtant rechargée la veille.

Un claquement de dents supplémentaire et un trébuchement .. je décide d’appeler le PC course pour abandonner !

Autant vous dire qu’à ce moment je l’en veux plus que tout. Je vois le DNF et je me hais pour ça. Je suis juste fatigué mais mentalement je suis immobilisé depuis quelques km déjà. Un ensemble de sentiments contradictoires me traversent et je ne sais plus quoi penser.

Marche ou crève

Au bout de 4 tentatives je finis par tomber sur le poste des secours et un opérateur qui parle plus ou moins anglais. Je lui explique que je suis entre le km 46 et 47 environ que vu le temps je sis sans doute déjà hors délai et que du coup je préfère stopper au lieu de me blesser de nuit. « On coordonne avec la sécu et on vous rappelle »

10 min après c’est un autre gars qui me demande où je suis. Je me retrouve à ouvrir google maps pour lui donner ma latitude et longitude approximative. Je lui donne même le numéro du poteau électrique que je viens de dépasser et l’adresse de la villa sur ma gauche.

15 min après c’est une femme qui me demande ce que je veux faire et pourquoi j’ai appelé. Namého nondidju ! Vous vous passez le mot au pc course ? Anto m’appelle et se charge de faire la coordination avec le pc course. Mais la couverture mobile coupe et je me retrouve sans signal pendant une demi-heure. Pas d’autre choix que de continuer à avancer.

Quasi PLS …

Je ne sais pas comment mais je finis par arriver sur une place de village et un ravito. Les bénévoles sur place sont au top !  Direct ils me servent de la soupe pour me réchauffer, me tendent du gâteau et me rechargent en eau sans que je n’aie à demander.

La fille me prend par la main et m’amène à l’intérieur de la tente me réchauffer. J’annonce vouloir jeter l’éponge et que la course s’arrête là pour moi.  Machinalement je continue à avaler des verres de soupe et des morceaux de gâteau. Merci à la mâma pour sa génoise chocolat-noistte 😋😋😋

… et un espoir renouvelé

Au bout de ce qui m’a semblé durer une éternité de flottement, la magie opère à nouveau. Toutes celles et ceux qui ont fait des courses longues, des trails de nuit et des ultra savent de quoi je parle.

Les bénévoles avec leur gentillesse arrivent à me remonter le moral. La soupe fait son effet. Je retrouve des sensations aux extrémités. J’apprends qu’il y a encore des coureurs paumés derrière moi et qu’il me reste à peine moins de 7km avant l’arrivée. Il est 18h30. La course se termine à 19h30.  En temps normal même un rune de récup je le fais plus rapide que 7km/h mis à cet instant précis cette allure me semble une chimère inaccessible. Je doute. D’un coté ce n’est que la première course de l’année, Je ne cesse de me répéter que ce n’est qu’un entrainement long. L’objectif principal est encore loin devant et ce serait absurde de se blesser là maintenant. D’un autre coté je ne veux pas commencer 2020 avec un DNF !

La fatigue ça se combat. Je rencontrerais des moments de baisse de moral, de lassitude et d’épuisement au Costa Rica aussi, vais-je abandonner pour autant ? Je finis par rappeler Anto pour lui expliquer la situation et à coup de « Forza Forza ! 💪🏼», j’échange de frontale et m’enfonce à nouveau dans la nature sauvage et la nuit. Le combat continue.

Je croise quelques lieux luisants dans les bosquets. Renard, autre entité ou fruit de mon imagination? qui sait ?

Aussi étonnant que ça puisse paraitre, à ce moment de la course je me sens le plus apaisé et le plus calme. Les dés sont jetés. Je ne peux plus reculer. Je n’ai qu’à me contenter de mettre un pied devant l’autre. Je finis même par éteindre la frontale et avancer dans la nuit bercée par les bruits de la forêt et pour seule couverture la cime des arbres et la voie lactée scintillant de milles feux.

A force de rêvasser, je manque de me cogner à un coureur.  Un gars de la sécurité qui remonte le parcours pour vérifier qu’il n’y a pas de tagazous paumés semblerait-il. Je lui fais signe que je continue et aidé de ma deuxième paire de jambes continue à avancer à un rythme soutenu malgré les gémissements plaintifs de mes quadri. Je redoute déjà ma séance de kiné à venir ^^’

La gravité joue en ma faveur et j’essaie d’en tirer profit en gardant un bon rythme. J’y crois ! Motivé par du Hans Zimmer dans les oreilles, j’arrive à extorquer au moteur quelques tressautements d’énergie supplémentaire pour faire avancer la machine.

Oh c’est plat 🙂

Du bitume à nouveau. J’avais oublié à quoi ça ressemblait. Les chaussures de trail tapent dur dessus mais je m’en fous, la fin est proche. Un sifflement de train au loin. De mémoire il y avait une gare près du village d’indiquée sur le roadbook. Je redouble d’effort . C’est tout ou rien. Même si globalement les deux sont assez proche 😅

De l’autre côté du pont j’aperçois la navette qui ramène les finishers vers le centre de Trieste. Certains se lèvent pour m’encourager dans un mélimélo de langues différentes. Pas besoin de vous dire à quel point un instant pareil est émouvant est a un effet dopant.

D’autres coureurs remontent la route avec leur médaille autour du cou. Deux font demi-tour et trottent avec moi sur une centaine de mètres. Punaise j’ai l’impression de revivre l’arrivée de l’ultramarin.

J’entends la musique et le speaker au loin.

Un parking.

Une route.

Un ultime chemin.

Et au bout du tapis rouge … l’arche d’arrivée, le speaker qui hurle et une topmodel qui me passe la médaille autour du coup .

Finisher in extrémis

19h49. Je suis venu à bout des 57km et 2500 m D+ du S1Trail Corsa della Borra.

La dernière navette étant partie, l’organisateur nous ramène dans sa voiture perso jusqu’à la gare !

2020 a commencé bien fort faut l’avouer. Un trail de 57km, 2500 d+, dans la montagne. Le km ok je connais. Le d+ et la montagne ; une découverte. Et on peut dire que j’aurais vu. A ce jour je pense que c’était la course la plus technique et la plus dure physiquement que j’ai faite. Mais une sacrée source d’enseignement pour les courses à venir.

Au final une fête du trail que je recommande à tous les amoureux de la course à pied et de la montagne Les paysages sont juste magnifiques. L’organisation au top malgré quelques couac, ils se montrent très conciliants et à l’écoute des coureurs. Les secours nickel.  Et les bénévoles toujours aux petits soins. Le déplacement en vaut le cout.

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