Suite de l’aventure 80Km Ecotrail 2019

26/03/2019
15:15 (environ)

Je repars du premier ravito accompagné de Sabine que j’avais rapidement croisé avant le départ et qui semblait être un peu en difficulté. Pour l’avoir déjà vécu je sais à quel point, sur ce genre de course, il est important de trouver quelqu’un à qui s’accrocher pour puiser de la force et continuer à avancer le temps que l’énergie revienne et que le corps réponde à nouveaux. Et puis la solidarité fait partie intégrante de l’ADN du coureur pour moi . On se doit assistance et soutien. C’est aussi ça l’esprit Trail.

On repart en marchant le temps de remonter en chauffe, en prenant le temps de discuter de nos objectifs, des barrières horaires, on calcule et recalcule les distances restantes et le temps qu’il va nous falloir pour passer chaque check-point.

15:20

On vient de passer le KM23.
Point d’eau au KM46.
Barrière 19h30.
4h10 pour le faire.
Laaaaaaaarge je lui dis.

Dans mon estimation d’avant course je m’étais donné 3h15 – 3h30 max (selon la météo) pour faire cette deuxième portion de trajet. Et là le soleil est toujours présent. J’ai à la limite chaud sous mon haut trail tout neuf récupéré avec ma dotation décathlon ^^
Vous savez quand on dit ne jamais aller sur une course avec du matériel non testé et tout neuf … bah c’était tout l’opposé pour moi :p

J’avais juste omis un petit détail tout rikiki; que j’allais bouffer une grosse partie du D+ de manière assez rapprochée pendant les  23 prochaines bornes.
Bref, j’ai un peu abordé cette deuxième partie la fleur au fusil . Conforté par une première partie roulante (je t’accorde au moins ça Cathy :p ) j’y suis allé en mode YOLO . J’avais passé la première barrière largement dans les temps et en respectant les allures que je m’étais fixé (Arbitrairement il va de sois, parce que si tu me suis un minimum tu sais que l’organisation en course et moi … ben c’est pas toujours ça)

Avec sabine on a a très vite déchanter.

A peine quelques km après le départ du ravito, plus aucune envie de courir. Comme ça ! D’un coup! Le switch en position OFF ! La météo était au rendez-vous pourtant, les genoux tenaient bon, j’étais bien entouré, l’environnement était plutôt sympa. Les premières côtelettes ça passait crème. Quelques petites raideurs habituelles (en même temps au bout de 26km de courses l’inverse aurait été étonnant), mais aucune douleur physique à signaler. Et malgré ça je me trainais. Je n’y étais plus. blues ? perte de motivation ? Je ne sais pas comment l’expliquer.

Je regarde ma montre plus d’une fois pour me rassurer. il reste encore largement le temps. Je m’autorise à marcher un peu pour récupérer. L’appel de la nature oblige Sabine à bifurquer hors champ.
Je lui avais promis qu’on irait ensemble jusqu’au point d’eau. Je l’attends et on repart.
Plus au trot ou footing léger que course. J’ai l’impression de me trainer … et sur du plat en plus ! Ça me fout un coup au moral. Nondidju !!! Même sur les 57km du Trail du Bout du Monde en juillet dernier, par plus de 25° à l’ombre (alors qu’il n’y en avait pas sur le sentier côtier) j’arrivais quand même à courir sur ce GR34, alors qu’il est sacrément plus technique que des chemins tout droit bien tracés !

J’essaie de me rassurer et de ne pas trop m’inquiéter. Je me dis que même sur marathons ça m’étais déjà arrivé de perdre la motivation à un moment et que je retrouverais rapidement un deuxième souffle. L’important c’est de continuer d’avancer. Un pas devant l’autre. Switcher en mode navigation auto et attendre que la magie opère. J’en profite pour bouffer une barre de céréale que Julien m’avait recommandé. Goinfre comme je suis j’avais déjà faim ^^ Ça me requinque un peu. On s’aide avec Sabine à avancer même si on ne parle pas des masses dans les montées, ça ait du bien de savoir qu’on partage un bout de chemin avec quelqu’un.

Une petite pause bobo pour s’appliquer un peu de baume du gros-chat-rayé. L’odeur du menthol fait un peu de bien. Les traileurs derrière la regardent hébétés baisser son froc en plein milieu de la foret pour se masser les guiboles. Une parenthèse de rigolade qui fait du bien. J’en profite pour checker les sms et messages reçus sur whatsapp, fb et insta. Ça fait plaisir et je me dis qu’il est hors de question de lâcher.  Le moteur va redémarrer. J’y crois !

Je me remet un peu de musique dans mon oreille droite en attendant de tomber sur la piste qui fera en sorte que le corps et l’esprit se remettent synchro et que je puisse à nouveau rouler .. En attendant je trottine et marche. Le cirque va durer 10 bonnes bornes quasiment. Surtout les montées. Et punaise … On n’a pas le même concept du roulant Cathy et moi. Elle serait capable de vendre un congel à un esquimau ^^ elle m’a bien baratiné ma môman :p

Deuxième coup pour le moral. Impossible de relancer après les cotes mon corps refuse obstinément de répondre présent. Genre « Mon coco tu nous fais chier avec tes conneries. On aurait pu être au cinoche en train de se gaver de popcorn ou sur le canap à avaler un maxi-naan-cheese-kebab-chèvre-miel devant une série projetée sur le vidéoproj ! « 

Je suis obligé de marcher assez longtemps avant de pouvoir repartir. Je ne veux pas m’arrêter pour ne pas décourager Sabine qui me demande toutes les cinq minutes à quel km on en est. En haut de chaque côtes, rebelote. Pas de jus. Impossible de relancer. Ce n’est plus un trail mais de la randonnée à ce point. Je vérifie que Sabine est toujours là. Elle en a la demoiselle ! Elle s’accroche malgré la fatigue sur son visage. J’attends qu’elle arrive à ma hauteur et on repart au trot.

Heureusement qu’il y a quelques descentes ou je peux courir un peu quand ce n’est pas trop encombré par d’autres traileurs. Ça me donne le sentiment d’avancer. Pour le moral c’est primordial de ne pas vider toutes ses ressources sachant qu’il me reste plus de la moitié de la course derrière. J’attends ma camarade de galère à chaque fois en bas de la cote. J’en profite pour des vidange ou avaler un morceau et continuer à m’hydrater. Merci d’ailleurs à Julien pour la boisson Naturium. Elle fait son effet et le gout est appréciable 🙂

J’avais chargé au préalable le gpx du parcours sur ma montre pour traquer aussi le D+. Je vérifie. D’après la montre je suis carrément hors parcours. Je regarde autour de moi. On est quand même une cinquantaine. Quitte à se perdre autant se perdre ensemble… Mais vu qu’il y a des rubalises c’est plus probable que ce soit la montre qui déconne. En plus dans les sous-bois, c’est bien couvert. Probablement le gps qui ne capte pas bien. Et puis pas de soleil pour donner du baume au cœur,  Je vois les minutes, les quart d’heures, les demi heures défiler mais pas tant les kilomètres. Je commence sérieusement à douter. Le moral n’est plus au beau fixe. Le palier panique n’est plus loin..

Peut-être que c’est ce qu’il me fallait. Une montée d’adrénaline. Douter pour me sortir les doigts du cul, me mettre une bonne claque pour repartir.
Je bouffe un peu de myrtilles séchées que j’avais pris avec moi, un peu de fromage pris au ravito, un bout de babybel (dédicace à Cathy😉 ). un cacheton de magnésium. Je continue l’alternance marche trot.

On passe par une portion de route et une descente bitumée. Des familles sont là sur le parcours et beaucoup de gamins nous font des tapes dans les mains. Le soleil est là. La magie opère. Enfin !
J’arrive à nouveau à dérouler. Je veux profiter de ce second souffle tant qu’il est là. Une sensation de légèreté et de fraicheur dans tout le corps. Tout neuf comme si les 30 bornes que je venais de me taper n’étaient qu’un petit échauffement. Je kiffe l’instant comme jamais. Aussi étrange que ça puisse paraitre je sens à nouveau mon corps répondre.
Décidément je suis beaucoup plus majorette que randonneur.

On se retrouve à nouveau en foret mais les sensations sont là pour le moment. Un peu suffit à faire la différence.

Si tu as déjà fais un marathon ou un semi, tu sais à quel point cette tape dans les mains, aussi absurde et banal soit le geste, à de pouvoir pour recharger les batteries ! A quel point entendre un inconnu t’encourager en t’appelant par ton prénom aide à continuer malgré la fatigue ou le manque d’envie. Ça ressource. Je sais que certains ne comprendront pas. Il faut le vivre pour le comprendre.

Je profite de me tailler un bâton de trail improvisé dans un bout de bois en bas d’une nouvelle cote. Il deviendra mon meilleur pote jusqu’à l’observatoire. Je l’utilise pour m’aider à monter et même pour cavaler dans les descentes. Je profites encore des sensations de fraicheurs retrouvées que je garderai sur une dizaine de km malgré les cotes.

On doit être vers 18h. Ça se rafraichit un peu. la nuit va bientôt tomber. Je regarde ma montre. Les Km défilent toujours aussi lentement. Les minutes me semblent aller de plus en plus vite. Une frustration telle que j’ai cette impression de me retrouver à nouveau devant un examen de thermodynamique, qu’il me reste 15min et que je n’ai toujours pas compris la question ^^

18:30

Ma montre affiche 40km. Il reste environ 1h avant la barrière horaire. J’encourage Sabine à repartir dès que c’est plat. Hors de question d’abandonner ou de se faire refouler à cause d’une foutue limite horaire. Je préférerais me péter la cheville … et encore là je pense que je continuerai à cloche-pied comme je l’avais à La Presqu’ilienne l’été dernier.

On court autant que possible. On sent une urgence et une hargne dans les regards de plusieurs participants. Plusieurs fois on se prends à dire « Allez courage », « On y est presque », « Ça va le faire », « C’est tout proche ».
Probablement autant pour s’auto-rassurer que pour encourager les autres.

Ma montre affiche déjà 46.5 km on est encore en pleine foret. The Panik Monster awakens ! Sabine me demande où en est. « bientôt bientôt. ça va le faire » Je me retrouve à tout recalculer, à essayer de comprendre où est-ce que je me suis voutré, à quel moment ça a foiré.

Presque 19:10

Et je n’ai aucune idée d’où j’en suis. Un traileur me dit qu’on n’est qu’au KM44. Un autre 43. Un autre 41. Rhoo crottes-de-bic-de-merde. Ça ne veut absolument rien dire mais ça témoigne de notre état du moment.
Pour couronner le tout il me reste 2-3 gorgées d’eau seulement.

Meilleure estimation 2km en 20minutes. Ça peut le faire.
L’alternative ? moins de 4’/km. Juste impensable.

Pas le temps de tergiverser !

Tant que le gong final n’a pas sonné la course continue. Je dis à Sabine qu’il faut tout donner et cavaler. « On pourra se reposer au ravito ».
Une brise se lève comme pour souligner l’urgence du moment.

Mode auto activé. On suit les balises. On dépasse des coureurs. On saute au dessus de branchages. Je suis plus à l’aise qu’elle dans les descentes. Je rends une bonne avance mais je me retourne souvent pour m’assurer qu’elle est toujours là.

Encore une descente et une belle. J’accélère. On est 5 ou 6. Tous ages. Même visage déterminé. Même inquiétude dans les regards. On se retrouve devant une route bitumée. Aucun marquage au sol. Aucune rubalise. Aucun signaleur. nada quedalle walou !

Une concurrente sur une autre distance qui rentrait nous dit qu’on a manqué de tourner à une barrière environ 200 ou 300m derrière !

19:20 passé

Autant vous dire que cette cote vue d’en bas me semblait aussi haute que l’Everest à ce moment précis. Peu importe on y va. Esprit de Kilian Jornet aides-moi. On remonte en courant. En haut je vois Sabine qui arrive. Effectivement il y avait une barrière en métal comme celle des manifs. Comment on a fait à 6 pour ne pas la voir?
Tu le vois le manque de lucidité. ou de sucre peut être… Ça fait 3 ou 4 bornes que je suis quasi à sec.
A coté de la barrière ? un buisson et je vois effectivement la rubalise, qui poussée par le vent s’était prise dans les feuilles. Elle etait là la porte. Plus simple à voir d’en bas que d’en haut.
100m encore à grimper. Mes cuisses me crament. On fait signe à ceux qui sont en train de descendre et qui sont perplexes de nous voir remonter de tourner .
On passe sous l’arche.
Sabine est devant.
Bifurcation à droite.
Descente.
Je sprinte.
Une bifurcation à gauche puis une deuxième.
La pression monte.
Je ne veux pas regarder ma montre.
Dans mes oreilles, la musique de la charge des Rohirrims lors de la Bataille des Champs du Pelennor bat son plein !
Des escaliers.
On voit les lumières du ravito.
La tente du cp est là !
Dernière accélération … point d’eau du KM46 passé à 19h25 …

5 minutes avant la barrière horaire !

Suite (et fin ?) au prochain chapitre 😉

2 commentaires sur « 80KM Ecotrail Paris 2019 (part.2) »

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